# Harold Bloom

*1930–2019*

**Harold Bloom** (1930–2019) était un critique littéraire et universitaire américain largement considéré comme l’une des voix intellectuelles les plus formidables et provocatrices du XXe siècle. Né dans l’East Bronx, à New York, de parents immigrants juifs yiddishophones, Bloom a fait preuve dès l’enfance d’une mémoire et d’un appétit pour la littérature stupéfiants. Il a obtenu son doctorat à l’université Yale en 1955 et y est resté associé tout au long de sa carrière en tant que professeur de sciences humaines Sterling, occupant également des postes à l’université de New York et dans d’autres institutions. Au fil des décennies, il a produit une œuvre remarquable tant par son volume que par son ambition, notamment *L’Anxiété de l’influence* (1973), *Le Canon occidental* (1994), et *La Religion américaine* (1992).

La signature critique de Bloom était une théorie de la créativité littéraire comme lutte agonistique: les grands écrivains atteignent l’originalité non pas en ignorant leurs prédécesseurs, mais en se mesurant créativement à eux et en les réinterprétant, se frayant un espace imaginaire grâce à ce qu’il appelait l’« anxiété de l’influence ». Ce cadre, tiré en partie de la poésie romantique et en partie de la pensée kabbalistique, conférait à sa critique une intensité presque mythologique. Il était un fervent défenseur du canon littéraire et un champion infatigable de la difficulté imaginative contre ce qu’il percevait comme l’aplatissement idéologique des études humanistes.

Bloom a apporté la même intensité à l’histoire religieuse américaine, et son engagement envers le mormonisme a produit certains de ses écrits les plus captivants. Dans *La Religion américaine* il a soutenu que Joseph Smith était un génie religieux dont les révélations constituaient l’une des réalisations théologiques les plus originales de l’histoire de l’Occident. Bloom situait le nerf le plus profond de la religion authentique dans la confrontation avec la mortalité, et il jugeait le mormonisme primitif comme la tradition qui refuse le plus véhémentement et le plus persuasivement d’accepter la mort comme une finalité. Ce jugement, venant d’un observateur extérieur sans intérêt dans la croyance, porte son propre type de témoignage. Il pointe vers quelque chose que les transhumanistes mormons reconnaissent au cœur du Rétablissement: la conviction que la mort est un problème à surmonter, que les êtres humains sont destinés à quelque chose de bien plus grand que ce que suggèrent les limites biologiques, et que cette aspiration n’est pas un vœu pieux mais une revendication théologique sérieuse et finalement pratique sur la nature de l’intelligence, de l’incarnation et de la possibilité divine.